Savoir où manger à Londres n’a jamais été simple. Et ça l’est encore moins depuis que la restauration britannique encaisse coup sur coup : départ d’une main-d’œuvre largement européenne, fermetures liées au Covid, chômage partiel puis licenciements. Résultat, la main-d’œuvre a quasiment disparu.
Presque tous les restaurants recrutent, en cuisine comme en salle, et un nombre croissant d’entre eux réduisent le nombre de services faute de pouvoir staffer. Mauvaise nouvelle pour les déjeuners en semaine. Pire nouvelle pour un secteur qui a besoin d’enchainer les couverts pour payer ses loyers. L’appétit des clients, lui, reste intact : regardez les créneaux du soir sur n’importe quel site de réservation.
Voici, d’après les notes de dégustation du chroniqueur de Rocket & Squash, les adresses qui tiennent la route en ce moment.
Cafe Bao, Kings Cross
La dernière adresse de l’équipe BAO, toujours aussi stylée et inventive. Sa particularité : une offre boulangerie, avec des buns sucrés à manger sur place ou à rapporter pour les passer à la vapeur chez soi. S’y ajoutent quelques plats « café » : congee de poulet en tourte, chicken kiev, frites érable-piment, bao aux fruits de mer.
Les bubble teas, les cocktails et les bao sucrés valent tous la commande. Un bémol honnête : on peut mal commander ici et repartir sans avoir eu un repas cohérent. Les cartes de Borough et Fitzrovia restent plus abouties.
Une façon de bien commander : frites érable, pickles maison, bao au lieu noir curryé ou bao aux fruits de mer, riz steak-œuf-fromage à partager, puis affogato bubble à la glace au thé au lait. Et un bao salted custard à emporter pour le petit-déjeuner.
Tofu Vegan, Islington
On peut tracer une ligne entre l’excellent Xi’an Impression de Highbury, le Biang Biang Noodles d’Aldgate et cette maison. Le nom fait un peu opportuniste, mais il annonce la couleur : tofu maison, carte intégralement végétalienne, avec substituts de poisson et de viande.
Les deux meilleurs plats testés sur deux visites : les nouilles froides de patate douce façon Dongbei, et un tofu soyeux assaisonné à la sichuanaise. La carte est vaste, avec des ratages assumés. À faire si vous êtes dans le coin et qu’il faut contenter tout le monde ; pas de quoi traverser Londres.
La Chingada, Deptford
Un kiosque minuscule sur une rue qui ne cherche même pas à faire illusion. La Chingada s’est fait un nom comme l’un des rares endroits où manger un vrai taco à Londres, avec une approche « pas de chichis, on est mexicains » qui a séduit les connaisseurs.
Le gras qui se sépare du fromage tiède dans la quesadilla et coule le long du poignet, les tortillas de maïs souples lustrées de jus qui ne cassent pas, les garnitures simples relevées de coriandre grossièrement hachée, une salsa dosée soi-même et un trait de citron vert : rien de plus. Et le rappel immédiat de Mexico ou du Yucatán.
Règle générale : le taco est meilleur debout ou perché sur un tabouret que servi à table. Ici, ça aide.
Towpath, Regent’s Canal
Le grand amour. Plusieurs petits-déjeuners calés ces dernières semaines (œufs turcs ; tomates marinda sur toast au mojo verde ; œufs frits, piment et sauge), un déjeuner splendide avec ail confit sur toast au caillé de chèvre et un poulet Marbella incroyable. Les dîners du vendredi et du samedi soir ont repris. Aucun meilleur endroit où être par une soirée d’été douce.
Smoking Goat, Shoreditch
Avant, pendant et probablement après le Covid, une valeur sûre. En solo : un laab, un riz au gapi (pâte de crevette fermentée, œuf coulant, herbes et pickles), éventuellement une salade acidulée et piquante. À plusieurs : ailes de poulet à la sauce poisson pour commencer, saucisse épicée ou brochette, puis laab et salades, poisson grillé avec le condiment du jour et du riz gluant pour saucer.
La carte bouge en permanence : les curries ont disparu au profit d’une section entière de laabs. Excellent lieu de retrouvailles, sans cérémonie.
Cinq adresses à surveiller
- Maison François et Frank’s Bar, en plein St James’s : brasserie et bar à vin qui ont tout pour devenir une institution. La question, c’est par lequel commencer.
- The Garden Cafe, au Garden Museum : pépite sous les radars, qui mériterait la même notoriété que Rochelle Canteen.
- Chishuru, à Brixton : cuisine ouest-africaine moderne, tenue par sa cheffe-propriétaire.
- Dim Sum and Duck : dim sum mystérieusement bons, canard laqué correct, plus de réservations possibles.
- El Pastor Soho : la dernière adresse mexicaine des frères Hart (Barrafina, Quo Vadis), dans l’ancien Hix Soho, avec un bar au sous-sol.
Si vous aimez ce genre de carnet d’adresses, notre avis sur Blue by Alain Ducasse à Bangkok joue dans un autre registre mais suit la même logique. Et sur la crise de recrutement évoquée plus haut, nos projections pour l’Horeca face à l’inflation donnent le contexte. Le reste est dans la rubrique restaurant.
Votre meilleure table londonienne du moment, c’est laquelle ? On prend toutes les recommandations.
Source d’origine : Rocket & Squash.



