C’est officiel depuis le 13 août : le rachat de Trois Rivières et La Mauny est signé. Les Bienheureux, la maison française qu’on connaît surtout pour son whisky Bellevoye, ont paraphé un protocole d’accord avec Campari Group pour reprendre Bellonnie et Bourdillon Successeurs (BBS), la société martiniquaise qui produit et commercialise Trois Rivières, Maison La Mauny et Duquesne.
Trois maisons emblématiques du rhum AOC Martinique qui repassent sous pavillon tricolore. Et franchement, on avait un peu peur de la suite…
Rachat de Trois Rivières et La Mauny : ce que dit l’accord
BBS est installée à Rivière-Pilote, dans le sud de la Martinique. Le comité social et économique de l’entreprise a rendu un avis favorable à l’unanimité sur ce changement d’actionnaire, ce qui n’est jamais anodin dans un dossier de cession. Reste une étape : l’autorisation de la Société d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural (SAFER), qui doit valider le transfert des terres agricoles détenues par BBS.
Les Bienheureux, eux, ne sortent pas de nulle part. Société française basée près de Bordeaux, ils ont construit en une décennie des marques leaders du whisky français : Bellevoye, Lefort, Bercloux. Ils possèdent aussi le rhum costaricien Pura Vida. Derrière eux, deux actionnaires de référence : Imagine, la division Art de Vivre du groupe Videlot (famille Moueix), et SCDM, la holding familiale de Martin et Olivier Bouygues.
« Trois Rivières, La Mauny et Duquesne sont des marques que nous admirons de longue date pour la qualité de leur savoir-faire et l’attachement qu’elles suscitent. Nous abordons ce projet avec la volonté de poursuivre, aux côtés des équipes de BBS, le développement engagé depuis de nombreuses années à Rivière-Pilote pour faire grandir ces marques »
(Jean-Christophe Coutures, président des Bienheureux)
Pourquoi Campari lâche ses rhums agricoles
Les chiffres racontent l’histoire mieux que n’importe quel communiqué. Campari avait racheté BBS en 2019 pour environ 60 millions d’euros. Le groupe italien en récupérerait aujourd’hui à peu près la moitié, soit une trentaine de millions. Une opération à perte, donc.
Et l’explication tient dans les comptes : selon les éléments relayés par la presse spécialisée, BBS a enregistré près de 10 millions d’euros de pertes en 2025 pour 22,4 millions d’euros de chiffre d’affaires. Difficile de tenir la distance dans ces conditions.
Campari, lui, resserre les rangs autour de ses locomotives : Aperol, Campari, Grand Marnier, le cognac Courvoisier, la tequila Espolòn, la vodka Skyy. Le spritz plutôt que la canne, en somme. On peut le comprendre d’un point de vue comptable. On peut aussi trouver ça un peu triste.
Un dossier martiniquais qui reste à écrire
Ne nous racontons pas d’histoires : la reprise s’annonce exigeante. La presse martiniquaise évoque un lourd défi industriel et financier pour les nouveaux propriétaires, dans un contexte où les rhums d’Outre-mer encaissent une baisse des ventes et doivent innover pour continuer d’exister.
Mais il y a de la matière. Le rhum agricole martiniquais reste l’un des rares spiritueux français protégés par une AOC, avec un cahier des charges qui encadre tout, de la variété de canne à la durée de vieillissement. C’est un patrimoine, pas une simple ligne de produits. Et c’est exactement le genre de récit qu’une maison de marques sait valoriser.
Reste à voir ce que Les Bienheureux feront de cet héritage. Une équipe capable d’installer un whisky français dans les linéaires en dix ans a forcément quelques idées en réserve. On suivra le dossier de près dans notre actualité du rhum.
Et vous, ce retour sous pavillon français, vous y voyez une bonne nouvelle pour la Martinique ou juste un changement de propriétaire de plus ? Dites-nous ça en commentaire, on est curieux de vous lire…
Sources : Outremers 360, The Spirits Business et Antilla Martinique.



