Une bouteille sort, une question surgit, et un fil Facebook s’emballe. C’est à peu près comme ça que le sujet du rhum agricole en fût d’acacia est arrivé sur la table. Plutôt que de laisser la discussion se perdre dans les limbes des réseaux, on a préféré poser les choses noir sur blanc.
Le point de départ : La Mauny Acacia
La sortie du rhum La Mauny Acacia a fait tiquer quelques amateurs. Non pas sur le goût, que chacun jugera selon ses préférences, mais sur la pratique elle-même : affiner un rhum dans un fût d’une essence autre que le chêne, alors que le chêne est quasi exclusivement la règle. Et pour un rhum agricole de Martinique, qui plus est.
On pourrait se dire que la réponse coule de source : le produit est en rayon, donc il est conforme. Mais le passé du secteur a montré assez de pratiques discutables pour que le consommateur curieux ait pris l’habitude de vérifier.
La réponse de la DGCCRF
La question a donc été posée à l’organisme compétent : la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Sa réponse tient en deux temps, et c’est le second qui compte.
« Cette pratique n’est pas interdite pour les produits appartenant à la catégorie „rhum” dans la mesure où la définition de la catégorie „rhum” à l’annexe II du règlement n° 110/2008 ne précise pas quelles essences de bois peuvent être utilisées. »
DGCCRF
Jusque-là, tout va bien. Mais l’administration enchaîne aussitôt :
« Cette pratique est interdite pour les 7 indications géographiques de rhums français car elle n’est pas prévue dans leurs cahiers des charges. En effet, ceux-ci précisent que le vieillissement est réalisé sous-bois de chêne, seule essence autorisée. »
DGCCRF
Et de conclure sur le principe général : les finitions en fût sont admises pour les boissons spiritueuses, à condition de ne pas induire le consommateur en erreur sur l’étiquetage, et de respecter les règles du cahier des charges des produits sous indication géographique.
Ce que disent exactement les textes
Le mot « agricole » n’est pas un adjectif marketing. Il est protégé, au niveau européen comme au niveau français.
- Règlement 110/2008, titre 1 a) ii) : cette boisson spiritueuse peut être mise sur le marché avec le terme « agricole » qualifiant la dénomination de vente « rhum », assortie de l’une des indications géographiques des départements français d’outre-mer et de la région autonome de Madère enregistrées à l’annexe III.
- Décret de 1988, art. 2 : les dénominations définies aux articles 3 et 4 ne sont applicables aux produits français que conjointement avec une appellation d’origine.
- Décret de 1988, art. 3 : la dénomination « rhum agricole » suivie du nom de l’appellation d’origine est réservée.
Ce qu’il faut retenir
Si une bouteille porte la mention « agricole », elle doit être accompagnée d’une indication géographique ou d’une AOC, et donc respecter la réglementation qui va avec. Dans le cas d’un affinage en acacia, ou dans toute autre essence que le chêne, ce sont les textes relatifs aux sept indications géographiques de rhums français qui s’appliquent. Et ceux-là ne prévoient pas la pratique.
Pour savoir lire une étiquette sans se faire avoir, notre guide pour reconnaître un rhum AOC de Martinique complète bien ce dossier. Et pour la suite de l’histoire industrielle de la marque, on a raconté comment Trois Rivières, La Mauny et Duquesne sont passées chez Les Bienheureux. Le reste de nos enquêtes est dans la rubrique rhum.
Les finitions exotiques sur le rhum agricole : innovation bienvenue ou entorse à l’esprit de l’appellation ? On attend vos avis.
Source d’origine : DuRhum.



