Champ de canne à sucre en Martinique, matière première des rhums Trois Rivières, La Mauny et Duquesne

Trois Rivières, La Mauny et Duquesne passent chez Les Bienheureux

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On ne s’y attendait pas vraiment, et pourtant. Trois Rivières, La Mauny et Duquesne, trois des noms les plus familiers du rayon rhum agricole, s’apprêtent à quitter le giron italien de Campari pour rejoindre une maison française. Les Bienheureux ont signé le 13 août un protocole d’accord en vue de racheter Bellonnie et Bourdillon Successeurs (BBS), la société de Rivière-Pilote, en Martinique, qui produit et commercialise ces trois marques.

Qui sont Les Bienheureux, le repreneur de Trois Rivières, La Mauny et Duquesne ?

Une maison basée près de Bordeaux, et surtout un nom que vous connaissez peut-être déjà par le whisky. En une décennie, Les Bienheureux ont bâti Bellevoye, Lefort et Bercloux, devenues des repères du whisky français. Autant dire qu’ils savent construire une marque et la pousser en linéaire.

Derrière eux, deux actionnaires de référence : Imagine, la division Art de Vivre du groupe Videlot (famille Moueix), et SCDM, la holding familiale de Martin et Olivier Bouygues. Du capital patient, donc, pour une filière qui se travaille sur des décennies. Et ça, dans le rhum agricole, ça compte.

« Trois Rivières, La Mauny et Duquesne sont des marques que nous admirons de longue date pour la qualité de leur savoir-faire et l’attachement qu’elles suscitent. Nous abordons ce projet avec la volonté de poursuivre, aux côtés des équipes de BBS, le développement engagé depuis de nombreuses années à Rivière-Pilote pour faire grandir ces marques »

(Jean-Christophe Coutures, président des Bienheureux)

Un rachat encore suspendu à l’avis de la SAFER

Rien n’est bouclé. Le comité social et économique de BBS a rendu un avis favorable à l’unanimité sur ce changement d’actionnaire, ce qui n’est pas rien. Mais l’opération reste soumise à l’autorisation de la SAFER pour le transfert des terres agricoles détenues par la société.

Et c’est là que ça devient intéressant. Car un rhum agricole, ce n’est pas seulement une distillerie : c’est d’abord de la canne, des parcelles, des planteurs. C’est exactement ce que protège l’appellation, comme on vous l’expliquait en détaillant comment reconnaître un rhum AOC de Martinique.

Campari se recentre sur le spritz

Côté vendeur, la logique est limpide. Le groupe italien concentre ses forces sur l’apéritif et le spritz, son moteur mondial. Le rhum agricole martiniquais, aussi patrimonial soit-il, n’entre plus dans cette équation.

Ces trois maisons ne manquent pourtant pas de caractère, ni de sens de la provocation. Souvenez-vous de la polémique du rhum Trois Rivières réduit à l’eau de mer : on n’était pas franchement dans le consensus mou.

Alors, est-ce que ces marques vont y gagner ? Un actionnaire français, une équipe qui a fait ses preuves sur le whisky hexagonal, des terres qui restent en Martinique… les ingrédients sont là. Reste à voir ce qui sortira de l’alambic, et on suivra ça de près dans toute l’actualité du rhum.

Et vous, vous les avez dans votre bar, ces trois-là ? Dites-nous en commentaire si ce changement de propriétaire vous inquiète ou vous rassure.

Source : Outremers360, 13 août 2026.