Rhum et cocktail à base de rhum

Rhum réduit à l’eau de mer : la polémique Trois Rivières

4 minutes de lecture

Un rhum réduit à l’eau de mer, ça vous tente ? C’est en tout cas l’idée développée par Trois Rivières, en Martinique, avec deux références qui ont fait parler d’elles chez les amateurs : le Cannes Brûlées et surtout le Vieux de l’Océan. Une « reminéralisation intégrant une pointe d’eau de mer prélevée au large des côtes du célèbre Diamant », dixit la communication de la marque. Séduisant sur le papier… mais est-ce seulement autorisé ?

Une innovation qui n’était jamais arrivée dans le rhum

Avant Trois Rivières, personne n’avait, semble-t-il, tenté l’expérience de réduire un rhum avec de l’eau de mer. Une pratique clairement pensée pour le marketing, et qui pose une question simple : quelle doit être la nature de l’eau utilisée pour réduire un rhum, en particulier un rhum sous indication géographique ?

Ce que dit vraiment la réglementation sur l’eau de réduction

La première annexe du règlement CE n°110/2008 encadre les « caractéristiques qualitatives de l’eau » utilisable dans les boissons spiritueuses. Elle doit être conforme aux directives européennes sur les eaux minérales naturelles et sur les eaux destinées à la consommation humaine. Concrètement : une eau qui peut être distillée, déminéralisée, permutée ou adoucie, mais dont l’adjonction ne doit jamais modifier la nature du produit.

Seule une eau répondant à ces caractéristiques peut être utilisée pour réduire un rhum, qu’il soit issu de la distillation du jus, de la mélasse ou du sirop de canne à sucre.

La réponse sans détour de la DGCCRF

Interrogée sur la possibilité de commercialiser sous AOC/IG un rhum réduit à l’eau de mer, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes est catégorique.

« Une telle pratique encourt la qualification de falsification prévue à l’article L. 413-1 du code de la consommation. » (DGCCRF)

Et l’administration précise même qu’une allégation mentionnant une réduction à l’eau de mer, si l’eau utilisée répond par ailleurs aux exigences réglementaires, « encourt la qualification de pratique commerciale trompeuse sur les qualités substantielles et la composition du produit ». Autrement dit : dans un cas comme dans l’autre, la marque s’expose. Puisqu’aucun cahier des charges d’un rhum sous indication géographique ne prévoit l’utilisation d’eau de mer pour la réduction, la pratique n’est tout simplement pas autorisée.

La DGCCRF va plus loin encore dans sa conclusion : une telle pratique, si elle était constatée, encourrait, en plus des délits de falsification ou de pratique commerciale trompeuse, celui d’utilisation frauduleuse d’appellation d’origine contrôlée.

Une eau de mer, mais prélevée où, et comment ?

Au-delà de la question réglementaire, difficile de ne pas s’interroger sur la « potabilité » de cette eau. Rien ne garantit qu’elle soit exempte de métaux lourds ou de micro-particules, et l’on ignore à quelle profondeur elle a été prélevée. Une chose est sûre : le rocher du Diamant, ancien repaire de pirates et point fortifié pendant les combats entre Français et Anglais dans les Caraïbes, fait une bien jolie histoire à raconter… même si elle n’a, en l’état, rien de réglementaire.

Pas la première fois qu’un profil iodé intrigue chez Trois Rivières

Ce n’est pas la première fois qu’une cuvée de la marque surprend par ses notes marines. La Cuvée de l’Océan, un rhum blanc issu de cannes cultivées « les pieds dans l’eau », affichait déjà un profil iodé étonnant. Or, selon eRcane, organisme réunionnais de référence sur la filière canne-sucre, la canne ne fixe pas l’iode. Fermentation et distillation auraient dû, en toute logique, annihiler ce type de note. De quoi laisser plusieurs professionnels du secteur perplexes à l’époque.

Alors, marketing bien huilé ou vraie audace technique ? Le débat reste ouvert, mais une chose est sûre : la réglementation, elle, ne laisse guère de place au doute. Et vous, seriez-vous tentés par un rhum à l’eau de mer ?