Une glacière remplie de soda écarlate. Des bols de punch posés sur chaque table, des bidons en plastique qui ne semblent jamais se vider. Pour beaucoup de familles américaines, le red drink est le souvenir le plus tenace des célébrations de Juneteenth.
La bartender et éducatrice Tiffanie Barrière, qui a grandi entre South Houston, Port Arthur et les petites villes de Louisiane, raconte une préparation qui ressemblait à Noël. Balades à cheval, ballons, fanfares, parade. Et, pour les enfants, la seule journée de l’année où les boissons sucrées n’étaient pas comptées.
Juneteenth, une date qui arrive avec dix-huit mois de retard
Juneteenth est aussi appelé Black Freedom Day, Jubilee Day ou Manumission Day. La fête s’est d’abord ancrée au Texas et en Louisiane, avant de gagner tout le pays.
Le président Abraham Lincoln avait signé la Proclamation d’émancipation le 1er janvier 1863, alors que la guerre de Sécession entrait dans sa troisième année. Mais c’est le général Gordon Granger, de l’armée de l’Union, qui délivre le General Order No. 3 à Galveston, au Texas, le 19 juin 1865 : tous les esclaves y sont déclarés libres. Soit dix-huit mois après la proclamation. C’est ce décalage que la date commémore.
En 1979, le représentant Al Edwards porte au Texas le House Bill 1016, qui fait du 19 juin un jour férié payé dans l’État. Et le 17 juin 2021, Juneteenth devient jour férié fédéral : la deuxième fête issue de l’histoire afro-américaine à rejoindre la liste, après l’anniversaire de Martin Luther King Jr. reconnu en 1983.
Pourquoi le red drink est rouge
La couleur vient principalement de l’hibiscus, aussi appelé roselle ou bissap. Originaire d’Afrique de l’Ouest, présent en Asie dès le XVIIe siècle, il a traversé l’Atlantique avec la traite négrière. Infusé dans l’eau, il donne une boisson d’un rouge profond, amère, tenace.
On le retrouve dans les cultures espagnoles, caraïbéennes et africaines, consommé lors de cérémonies, de fêtes, ou pour ses usages traditionnels. Pour équilibrer son amertume, on lui ajoute du gingembre, des agrumes et un sucrant : sirop de canne ou sorgho. La boucle est donc complète : une plante venue d’Afrique de l’Ouest colore la boisson d’une fête qui célèbre la fin de l’esclavage.
Pas de recette officielle, une seule règle
Chaque famille ajoute ses ingrédients, chaque région ses spiritueux. Le soda Big Red a sa place au Texas, le punch à l’hibiscus ailleurs. Il n’existe aucune recette canonique. La seule contrainte, c’est la couleur : le rouge est obligatoire, symbole de libération, de joie et de reconnaissance envers les ancêtres.
Pour une version sans alcool, une infusion d’hibiscus longuement refroidie, relevée au gingembre frais et allongée d’un jus d’agrume, fait une base redoutable. D’autres idées du même ordre attendent dans notre rubrique boissons sans alcool, et si vous préférez la version alcoolisée, direction nos recettes de cocktails.
Vous avez déjà goûté un bissap maison ? Dites-nous comment vous le dosez, on est preneurs.
D’après un texte de Tiffanie Barrière, bartender et éducatrice, ancienne directrice boissons du bar One Flew South à Atlanta.



