Et si la bière avait, elle aussi, ses appellations ? Dans le nord-ouest de l’Italie, un projet d’IGP bière du Piémont vient de franchir une étape sérieuse. Le cahier des charges est bouclé. Et il est nettement plus exigeant qu’un simple logo régional collé sur une étiquette.
Un cahier des charges déjà bouclé à Alba
Derrière le projet, on trouve le Consorzio Birra Origine Piemonte, basé à Alba. Créé en 2019, il réunit une trentaine de producteurs agricoles et de brasseurs artisanaux qui poussent la même idée depuis des années.
Leur texte est volontairement resserré : l’indication géographique protégée ne couvrirait qu’une bière blonde, brassée avec de l’orge et du houblon cultivés dans la région. Pas de déclinaison en douze styles, pas de tolérance sur la provenance des matières premières. Une seule promesse, mais tenue.
Pourquoi une IGP change tout pour la bière
Le vin et les spiritueux vivent avec leurs appellations depuis des décennies. La bière, presque jamais. Et pour une bonne raison : l’orge et le houblon voyagent. Une brasserie « locale » bien française peut très légalement brasser avec du malt allemand et du houblon américain.
Imposer une IGP, c’est donc forcer une relocalisation complète de la matière première. Ça suppose des agriculteurs prêts à semer de l’orge brassicole, une malterie pas trop loin, et des houblonnières qui tiennent la route. Un chantier agricole autant que brassicole.
Le mouvement n’est pas isolé. On l’a vu récemment avec la première récolte de houblon à La Réunion : partout, des brasseurs cherchent à rapatrier ce qui pousse dans leur champ de vision.
Le Piémont, terre de vin qui se découvre brassicole
Barolo, Barbaresco, Gavi… quand on dit Piémont, personne ne pense spontanément à la bière. C’est justement l’intérêt de la démarche.
La scène artisanale italienne s’est construite dans l’ombre du vin, en lui empruntant beaucoup : le vocabulaire du terroir, l’obsession de la provenance, le goût des micro-parcelles. Que le Piémont soit la première région à tenter le coup pour la bière, finalement, c’est assez logique.
Reste à franchir l’étape européenne, qui prend généralement des années. On suivra ça de près dans notre actualité bière, aux côtés des autres mutations du secteur, comme la consolidation en cours côté français.
Vous en pensez quoi ? Une appellation pour la bière, vrai gage de qualité ou usine à gaz administrative ? On lit vos avis en commentaire.
Source : Bière Actu.



