2 634 brasseries en activité. Le chiffre claque, et il nous garde confortablement en tête du classement européen. Mais derrière ce record se cache un basculement : en 2024, la France a enregistré 82 ouvertures de brasseries… pour 159 fermetures.
Autrement dit, le nombre de brasseries en France ne progresse plus. Un tournant qu’on suivait de près dans notre actualité de la bière, et qui est désormais chiffré noir sur blanc.
Brasseries en France : le point de bascule est passé
C’est Emmanuel Gillard, biérologue et fondateur du Projet Amertume, qui pose le diagnostic dans l’édition 2026 de son ouvrage « La bière en France ». Un pavé de 2 182 pages, rien que ça.
Sa base recense 3 862 brasseries du 21e siècle, dont 1 111 ont déjà fermé depuis 2000. Le maillage du territoire, lui, reste impressionnant : une brasserie pour 25 191 habitants.
« Il n’y a plus de désert brassicole »
(Emmanuel Gillard, Projet Amertume)
Beaucoup de brasseurs, très peu de volumes
Et c’est là que le paradoxe devient vertigineux. Les brasseries qui produisent moins de 1 000 hectolitres par an représentent 80,23 % du parc… mais seulement 1,66 % de la production nationale.
À l’autre bout de la chaîne, les dix principaux sites concentrent 88,63 % des volumes, et les cinq premiers départements producteurs 89,8 %. Sur un marché qui pèse environ 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, l’artisanat brassicole reste donc un poids plume économique, malgré son foisonnement.
Ce grand écart explique pas mal de choses. Notamment pourquoi la bière sans alcool est le seul segment qui décolle chez les brasseurs français : quand les volumes classiques stagnent, on va chercher la croissance là où elle se trouve.
Trente tendances, et une question qui fâche
L’ouvrage identifie trente grandes tendances : essor des bières sans alcool, départs à la retraite des pionniers du craft, boycott de certains distributeurs spécialisés, hausse des prix liée à l’inflation. Et un chapitre au titre volontairement provocateur : l’âge d’or des brasseries artisanales est-il bel et bien fini ?
On a envie de répondre non. Mais quand on voit La Fine Mousse, institution de la bière artisanale à Paris, fermer ses portes, on se dit que la question mérite d’être posée sérieusement.
Détail qui nous plaît beaucoup : cette édition 2026 (573 nouvelles bières dégustées, 213 nouvelles brasseries, plus de 3 200 modifications) est vendue à prix libre, et l’intégralité des dons part aux Restos du Coeur.
Alors, fin d’un cycle ou simple respiration ? Vous qui poussez chaque semaine la porte de votre brasserie du coin, vous le sentez comment ? On lit vos retours en commentaire.
Source : Bière Actu, d’après l’édition 2026 de l’ouvrage d’Emmanuel Gillard (Projet Amertume).



