Il y a des chiffres qui racontent une histoire à eux seuls. En 2025, la bière sans alcool a progressé de 11,5 % sur un an en France, et elle pèse désormais près de 6 % des volumes vendus en grande distribution. Dans une filière brassicole qui, elle, fait du surplace, c’est à peu près le seul voyant au vert.
On a épluché le bilan économique publié par Brasseurs de France. Et le contraste est saisissant.
Un marché atone, des brasseries qui ferment
Commençons par le décor. Après deux années de baisse (- 7 % entre 2022 et 2024), le marché français s’est stabilisé en 2025 sans repartir. Les volumes grappillent 1,2 % en consommation à domicile, mais reculent d’environ 1,5 % hors domicile, dans les cafés et les restaurants qui pèsent pourtant autour de 30 % du chiffre d’affaires du secteur.
Et derrière, ça craque. 209 brasseries ont fermé en 2025, soit près de quatre par semaine, pour 213 ouvertures. Autant dire un équilibre à l’euro près, alors que le secteur vivait il y a peu sur un rythme d’expansion permanent. On en avait vu un symptôme très concret avec la fermeture de La Fine Mousse à Paris, institution de la bière artisanale parisienne.
La bière sans alcool, seul segment qui décolle
Dans ce paysage, la bière sans alcool fait figure d’exception. Plus 11,5 % sur un an, près de 6 % des volumes en grande distribution, et un été 2025 particulièrement parlant : entre juillet et août, les consommateurs ont acheté 600 000 litres de bière sans alcool de plus que l’année précédente.
Les brasseurs ont compris le message. Une enquête flash menée par Brasseurs de France en janvier 2026 montre que 40 % d’entre eux produisent déjà de la bière sans alcool, de manière régulière ou ponctuelle, et que 30 % ont un projet en cours. Près de 60 % jugent le marché en croissance, la demande des consommateurs étant citée comme la première motivation. Ce n’est plus un produit d’appoint, c’est une ligne de production.
Technique, aussi : la moitié des brasseurs engagés sur ce segment ont recours à des levures spéciales. Signe que le sans alcool n’est plus le parent pauvre de la recette, mais un vrai terrain de recherche. On l’avait constaté sur le terrain avec la bière artisanale sans alcool lancée par la Brasserie de Nice.
Derrière le chiffre, un changement de société
Pourquoi maintenant ? Parce que les habitudes de consommation se déplacent, tout simplement. Santé Publique France relève une baisse de 13 % des consommations quotidiennes d’alcool entre 2021 et 2023. Et chez les jeunes, la bascule est spectaculaire : près de 20 % des jeunes de 17 ans déclarent n’avoir jamais consommé d’alcool, contre 7 % il y a vingt ans.
Reste que la filière ne vit pas que de sans alcool. Fin de l’ARENH en 2026, hausse des redevances sur l’eau, augmentation de la REP emballage ménager, complexité réglementaire… la compétitivité des brasseries, composées à 96 % de TPE et de PME, s’érode.
« L’enseignement de 2025 est clair : la filière brassicole dispose des savoir-faire et des capacités d’innovation nécessaires pour répondre aux nouvelles attentes de consommation et continuer à investir en France mais la préservation d’un cadre fiscal et réglementaire stable est une condition essentielle pour permettre à ce dynamisme de s’inscrire dans la durée »
(Magali Filhue, déléguée générale de Brasseurs de France)
Petit signal encourageant côté emballage : les canettes progressent de 4,8 % en volume en grande distribution et les bouteilles de 75 cl de 4,2 %, avec une expérimentation de réemploi baptisée ReUse en cours dans le Nord et l’Ouest de la France. De quoi suivre le dossier de près dans toute l’actualité de la bière.
Alors on vous pose la question franchement : la bière sans alcool, vous l’avez adoptée, testée du bout des lèvres, ou toujours pas ? Et surtout, laquelle vous a réconcilié avec le format ? Dites-nous ça en commentaire, on a une liste de dégustation à remplir cet été.
Source : communiqué de presse Brasseurs de France, bilan économique du marché de la bière 2025, publié le 3 février 2026.



