Cocktail tropical servi dans une coque de fruit, à la manière du Coconut Willie de la Hawaiian Room
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Coconut Willie : le cocktail tiki oublié avant la Piña Colada

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Avant que la Piña Colada ne s’impose partout, un autre cocktail à la noix de coco régnait sur New York. Il s’appelait le Coconut Willie, et il était nettement plus intéressant.

La Hawaiian Room, un pop-up qui a duré trente ans

Au départ, ce devait être temporaire. La Hawaiian Room ouvre en juin 1937 au sous-sol du très chic Hotel Lexington, à New York. La direction cherchait un remplaçant au Silver Grill, qui n’attirait plus les foules malgré les orchestres d’Artie Shaw ou d’Ozzie Nelson.

Au même moment, l’Amérique se passionne pour le Pacifique Sud.

« Les gens qui rêvent d’une existence paresseuse parmi des compagnons insouciants rêvent généralement des mers du Sud, et beaucoup de gens apprécient ce genre de rêves. »

Chicago Tribune, 1937

L’hôtel remplit donc son immense sous-sol de décor polynésien et de bambou, et passe à une cuisine d’inspiration hawaïenne… préparée par des chefs suisses. Au menu, notamment, un plat de poulet et de riz parfumé à l’oignon et au beurre de cacahuète, servi avec « une cavalcade de condiments », selon le magazine Gourmet.

Le personnel part recruter des musiciens sur place. La Hawaiian Room serait ainsi le premier établissement du continent à importer un spectacle hawaïen à grande échelle, avec musiciens et danseuses de hula. Elle ouvre quatre ans après le Don the Beachcomber de Los Angeles, tout premier bar tiki, et un an avant que Trader Vic n’adopte le thème tropical à Oakland.

Travailler là-bas était un privilège : les danseuses gagnaient 50 à 100 dollars par semaine, à une époque où les conserveries d’ananas des îles payaient environ 4 dollars par semaine et où une chambre à l’étage coûtait 3,50 dollars.

Le Coconut Willie, une Piña Colada avec du relief

La carte a défilé au fil des années : Polynesian Fire, Jaded Lady, Tiki Lo Lo, ou encore Okolehao Punch, décrit sur le menu comme composé de « gin, lait de coco et ?? ». En 1941, l’année de Pearl Harbor, on y trouve le Hellzapoppin et le Sweet Leilani, venu du Royal Hawaiian Hotel de Waikiki.

Mais celui qui a marqué le public, c’est le Coconut Willie : lait de coco, jus d’ananas, jus de citron, curaçao, et un mélange de rhum jamaïcain et de rhum léger. Autrement dit une Piña Colada avec du citron pour l’acidité et du curaçao pour la complexité. Servi dans une demi-noix de coco, il tirerait son nom d’une chanson populaire à Hawaï dans les années 1940.

Le mélange de rhums est ce qui fait toute la différence : le jamaïcain apporte les esters et le fruit, le rhum léger allège l’ensemble. Un principe qu’on retrouve dans beaucoup de classiques tiki, et qu’on explique plus en détail dans notre rubrique rhum.

Le verre était assez impressionnant pour attirer l’attention de James Beard, qui lui consacre quelques lignes dans un article sur le rhum en 1956. Beard, à la fin des années 1950, défendait le rhum au moment précis où celui-ci commençait à flirter avec la neutralité de la vodka.

« Chaque rhum a sa saveur et sa qualité propres. »

James Beard, 1959

Pourquoi le Coconut Willie a disparu

Mystère jamais complètement élucidé. Le cocktail a été supplanté par la Piña Colada, cette recette de cocktail née très probablement à Porto Rico, mais qui n’est devenue un standard aux États-Unis qu’une ou deux décennies après l’apogée du Coconut Willie. Et quand elle s’est imposée, c’était avec de la crème de coco très sucrée, sans la morsure acidulée du citron ou du citron vert.

La Hawaiian Room, elle, a tenu près de trente ans avant de fermer en 1966, un an après l’ouverture du Trader Vic’s au Plaza de New York. En cause : de coûteux travaux de mise aux normes incendie, imposés après qu’une jupe de danseuse de hula eut pris feu dans un autre établissement. L’hôtel a préféré fermer.

Il ne reste aujourd’hui qu’une chambre de l’Hotel Lexington décorée en hommage au lieu. Les tarifs ne sont plus à 3,50 dollars, et il faut apporter son propre Coconut Willie.


Dans le même esprit de rhum et de coco, on avait aussi détaillé la recette du Hot Buttered Rum, sa version hivernale.

Vous tenteriez le Coconut Willie plutôt que la Piña Colada cet été ? On veut voir vos versions en commentaire.

D’après l’article de Imbibe Magazine.