Paysage de la distillerie Rivière Antoine à Grenade, îles aux épices des Caraïbes

Rivière Antoine : l’une des plus vénérables distilleries de rhum au monde

3 minutes de lecture

Si la Grenade est communément surnommée « l’île aux épices » pour sa cannelle, ses clous de girofle et sa noix de muscade, elle pourrait tout aussi bien porter le titre d’« île à rhum » tant ce spiritueux est ancré dans la culture locale. Et si le rhum devait choisir son paradis, il élirait sans doute domicile à Rivière Antoine.

Un joyau sans équivalent

Nichée sur la côte nord-est de l’île, la distillerie est un joyau qui n’a aucun équivalent dans le monde de l’eau-de-vie de canne. Imaginez un lieu où, au plus fort de l’activité, on n’entend que le soupir de l’eau et la sérénade des oiseaux. Aucune nuisance, pas même le bruit d’un moteur pour broyer la canne. La canne à sucre, cultivée en agriculture biologique, s’étend sur des kilomètres à la ronde jusqu’à l’océan Atlantique.

La roue à aubes et le moulin à eau

La roue à aubes de 6 mètres de diamètre de la distillerie Rivière Antoine, Grenade, rhum artisanal

La roue à aubes et ses 6 mètres de diamètre prennent vie lorsque l’eau de la rivière Antoine, gonflée en amont, est précipitée dans les rouages de l’armature métallique séculaire. À 15 tours par minute, dans une lenteur chaplinesque, elle entraîne le tapis qui fera mourir la canne entre les rouleaux de broyage. Trois remorques de cannes sont moulinées à la journée, donnant quelque 3 000 litres de pur jus. La bagasse récupérée servira d’engrais naturel et de combustible pour la chaufferie : rien n’est perdu.

Boiling house, fermentation et alambics

Alambics pot still John Dore de la distillerie Rivière Antoine, distillation artisanale du rhum en Grenade

Le précieux nectar rejoint la boiling house, vestige datant de 1785 et dernière « salle de cuisson » des Caraïbes encore en activité. Des artisans armés de longues pelles en bois y écument le jus dans une atmosphère vaporeuse, le faisant transhumer d’une marmite à l’autre à la force du poignet. Après une légère concentration, le jus repose deux jours avant de rejoindre neuf cuves en ciment de 11 000 litres pour une fermentation à l’air libre de 6 à 10 jours. Vient ensuite la distillation dans deux magnifiques pot-stills John Dore à double retort d’une capacité de 2 000 litres, chauffés à feu direct depuis les années 1980. Chaque chauffe produit une centaine de litres à 80-83°. Tout est embouteillé à la main, bouteille par bouteille, étiquette par étiquette.

« Don’t say rum, say Rivers »

La production annuelle dépasse difficilement 90 000 bouteilles de 75 cl, presque intégralement consommées sur l’île. Les touristes qui visitent la distillerie repartent souvent bredouilles, et les locaux sont si fiers de leur Rivers que la distillerie n’a jamais exporté ni même mis en vieillissement. Un dicton local vous conjure d’ailleurs de ne pas parler de « rhum », mais de « Rivers ». Voilà toute la philosophie d’un lieu qui n’appartient qu’à lui-même. Pour explorer d’autres trésors du monde du rhum, consultez notre sélection, et notamment notre dégustation du Lamb’s Palm Breeze pour comparer les styles.


Avez-vous eu la chance de visiter Rivière Antoine lors d’un séjour à la Grenade ? Partagez vos souvenirs en commentaire.