On avait le cidre, le calvados, le pommeau. Il va falloir faire de la place : le vin de Normandie existe, il se vend, et il vise maintenant une IGP. Oui, du vin. En Normandie. On a vérifié deux fois.
Un vignoble de 4,5 hectares sur les hauteurs de Louviers
Direction Saint-Pierre-du-Vauvray, dans l’Eure. C’est là que Xavier Gandon et son associé Claude Met ont planté le vignoble du Vieux Rouen en 2023, sur une parcelle de 4,5 hectares.
Leurs premières bouteilles viennent d’arriver chez des restaurateurs et des cavistes du coin : 600 bouteilles de rosé et 1 200 de blanc, commercialisées sous le nom Auturae, en référence à l’ancien nom gallo-romain de l’Eure. L’information a d’abord été révélée par Le Parisien.
Le choix des cépages n’a rien d’anodin. Le rosé est élaboré à partir de pinot meunier, l’un des cépages historiques de la Champagne. Le blanc, lui, repose sur du chenin, qu’on associe plutôt d’habitude à la vallée de la Loire. Deux cépages de climat frais, plantés encore plus au nord : la logique se tient.
Le vin de Normandie, une filière jeune mais qui grossit
Longtemps absente des cartes viticoles françaises, la Normandie compte désormais environ 65 hectares de vignes exploitées et une trentaine d’adhérents au syndicat viticole normand, selon son animateur Maxime Gazeau, cité par Le Parisien.
Le moteur est facile à identifier : le climat plus doux observé ces dernières années, et la recherche de nouvelles terres viticoles. Le même phénomène qui pousse les vendanges précoces de 2026 vers des dates toujours plus tôt dans le sud pousse quelques producteurs à tenter l’aventure vers le nord. Le réchauffement rebat les cartes de la géographie du vin, et la Normandie en profite.
Rien de massif pour l’instant, on est d’accord. Mais 65 hectares, c’est déjà assez pour se poser la question du cadre collectif.
Ce que changerait une IGP pour les vins normands
Aujourd’hui, les vins produits en Normandie n’ont aucune reconnaissance officielle. Le syndicat viticole normand prépare donc un dossier d’Indication géographique protégée, destiné à l’INAO, l’Institut national de l’origine et de la qualité. Il devrait d’abord être présenté à la Région Normandie avant un dépôt officiel.
Une IGP, concrètement, encadre les méthodes de production, les cépages autorisés et l’origine géographique des raisins. Elle offre surtout une visibilité commerciale auprès des cavistes et des distributeurs, et une crédibilité face au consommateur qui, disons-le, a le droit d’être un peu sceptique devant une bouteille estampillée Normandie.
C’est aussi un sujet qui rejoint les grands chantiers réglementaires du moment, comme le paquet vin 2026. Pour suivre ces évolutions, on vous renvoie à toute notre actualité vin.
Attention quand même : une IGP, ça ne s’obtient pas en un été. L’instruction d’un dossier de ce type se compte en années, pas en mois.
En attendant, les bouteilles du Vieux Rouen servent de test grandeur nature. Alors : vous goûteriez un chenin normand, vous ? Ou vous restez fidèles au calvados ? On lit vos avis en commentaire.
Source : Tendance Ouest, « Après le cidre et le calvados, la Normandie prépare son IGP viticole », d’après Le Parisien.



