Un été de flammes, et maintenant l’attente. Dans le Var, les vignerons touchés par les incendies redoutent un goût de fumée dans le vin à l’approche des vendanges, prévues mi-août. Personne ne peut encore leur dire s’ils pourront commercialiser leur millésime 2026.
Le massif du Gros Bessillon brûle depuis le 21 juillet. Plus de 6 000 hectares parcourus, un feu sous contrôle des pompiers mais toujours pas fixé. On vous avait déjà raconté les incendies dans le vignoble qui mettent le Sud sous tension. Cette fois, ce n’est plus la vigne brûlée qui inquiète. C’est ce qui reste dans l’air.
Pourquoi le goût de fumée dans le vin fait si peur
Une baie de raisin peut sembler parfaitement saine et porter déjà le problème en elle. C’est toute la cruauté du phénomène.
« Un contact d’une heure ou deux suffit pour engendrer un phénomène de glycosylation, liant la fumée aux sucres du raisin, et ce goût de fumée va se révéler uniquement après la fermentation » (Clément Prélat, consultant œnologue au cabinet d’agronomie provençale).
Autrement dit : on ne saura qu’une fois le vin fait. Et là, il sera trop tard pour changer d’avis.
Vendange parcellaire et nuits blanches
Au domaine Saint-Andrieu, à Correns, la commune la plus touchée, Grégory Guibergia s’estime chanceux : il n’a perdu dans les flammes « que le premier rang, les vignes en lisière ». Mais le feu s’est approché dangereusement de ses 25 hectares. Sa réponse ? Récolter et vinifier chaque parcelle séparément, pour sauver ce qui peut l’être. Sa hantise : voir son vin déclaré impropre à la consommation, et renoncer à près de 90 000 bouteilles.
À Pontevès, Lucie Demirdjian a perdu 11 hectares sur 18 au Domaine de Mercandine. Elle attend les résultats du laboratoire d’œnologie avant d’envisager les vendanges, vers le 12 août.
« Gel, grêle, on sait faire, mais pas l’incendie » (Lucie Demirdjian, Domaine de Mercandine).
Charbon actif, assurances et jambon fumé
Il existe bien une porte de sortie, mais elle est étroite. Selon Fabien Mistre, président de la coopérative des Vignerons de Correns, le charbon actif peut lever le goût de fumée sur le rosé et le blanc, en s’appuyant sur des techniques testées en Occitanie après le mégafeu des Corbières l’été dernier. Sur le rouge, où le jus macère, c’est une autre histoire.
Le vigneron bio, 35 hectares, se dit « confiant pour le millésime » mais alerte sur un angle mort : si les vignes détruites par les flammes sont prises en charge par les assurances, les pertes liées au goût de fumée, elles, ne bénéficient d’aucune couverture. Quant au résultat dans le verre, il est sans appel : « en termes dégustatifs, c’est comme du jambon fumé ».
Une centaine d’hectares sur plus de 30 000
Remettons les choses à l’échelle. Au Centre du Rosé, à Vidauban, les experts rappellent que seule une centaine d’hectares de vignes a été touchée, principalement à Cotignac, Pontevès et Correns, alors que le Var compte plus de 30 000 hectares de vignoble. Sixième département viticole de France et premier producteur de rosé, la vigne y reste la première richesse agricole.
Les parcelles déclarées impropres à la consommation sont uniquement celles contaminées par le retardant, ce produit rouge utilisé pour freiner les flammes, précise Grégori Lanza, ingénieur agronome au Centre du Rosé. Les autres pourront donner des vins buvables mais marqués. Et un vin buvable qu’on ne peut pas vendre, ça reste une perte sèche.
Un millésime qui s’annonce compliqué de bout en bout, donc, après des vendanges 2026 en Bourgogne déjà bousculées par la précocité. Tout le reste de notre actualité du vin est à retrouver par ici.
Alors, un rosé de Provence légèrement fumé, vous tenteriez ? Ou c’est non, définitivement non ? Dites-nous en commentaire.
Source : Agri Mutuel (AFP).



