Il y a des whiskies qu’on goûte, qu’on note, et qu’on oublie. Et il y a ceux qu’on achète dans la foulée parce que leur côté crasseux nous a plû. Ce Croftengea 10 ans de 2006, embouteillé pour Exclusive Malts, appartient à la seconde catégorie.
Petite précision utile : Croftengea n’est pas une distillerie mais un des styles produits par Loch Lomond, sa déclinaison tourbée. Le bébé du trio goûté cette semaine… qui, lui au moins, a atteint les deux chiffres.
La fiche technique
| Distillerie | Loch Lomond |
| Style | Croftengea |
| Propriétaire | Loch Lomond Distillery Company (Hillhouse Capital Group) |
| Région | Highlands (ouest) |
| Embouteilleur | Creative Whisky Company |
| Gamme | Exclusive Malts |
| Âge | 10 ans (22 mars 2006 à avril 2016) |
| Maturation | Hogshead |
| Fût | 485 |
| Outturn | 302 bouteilles |
| Titrage | 56,7 % |
Notes de dégustation, brut de fût
D’abord la robe : bien plus claire que ce que les photos filtrées laissent croire. Disons or pâle. Au nez, ça démarre fort. Four à malt froid, algues en décomposition, anguille grillée. Oui, ça sonne bizarre écrit comme ça. C’est pourtant délicieux. Viennent ensuite la poire, le zeste d’orange, la casse et le poêle à bois d’hiver.
En bouche, le salin, le sucré et la suie avancent ensemble, avec beaucoup de jus de citron vert sur les bords. Puis un mélange assez inattendu de jus de poire et de Tabasco chipotle. Avec le temps, ça devient plus carné et plus mentholé. La finale tire sur la poire, le citron vert, le bonbon à la menthe et une bonne dose de sel.
Réduit à 46 %
Avec un tiers de cuillère à café d’eau pour 30 ml, le nez part sur les mêmes bases avant que les notes fruitées ne glissent vers le floral. Plus de cannelle, un soupçon de colle à bois, un côté plus minéral. La bouche, elle, se simplifie et se sucre, même s’il reste largement de quoi faire côté viande grillée et fumée poivrée. Finale sucrée-acidulée, notes de four à malt plus discrètes.
Le verdict
Nos notes diffèrent pas mal de celles prises trois ans plus tôt sur le même whisky. Il paraît moins étrange aujourd’hui. Ce qui reste évident dès le premier verre, c’est qu’un bon Croftengea, même sans être exceptionnel, constitue une alternative parfaitement légitime aux monstres tourbés d’Islay. Et préférable à certains d’entre eux.
Une question au passage : si le Loch Lomond 12 ans officiel à 46 % se vend autour de 30 à 35 dollars, pourquoi n’existe-t-il pas un Croftengea 12 ans ? Même avec 50 % de prime, on tomberait à 45-55 dollars. On en prendrait deux bouteilles, à la place d’un Ardbeg 10 et d’un Laphroaig 10.
Pour notre palais, ce whisky fonctionne mieux à pleine puissance. La bouche n’est pas d’une complexité folle mais elle est très bien équilibrée, et se boirait nettement mieux en novembre qu’en mai. Du jeune, du costaud, avec du caractère, ni brut ni bâclé. Note : 86/100. Disponibilité : épuisé. Prix à l’époque : moins de 80 dollars, frais de port inclus.
Si le sujet vous intéresse, on avait déjà exploré la face fumée de la maison avec cet Inchmoan 25 ans, autre Loch Lomond tourbé. Et pour rester chez les embouteilleurs indépendants, jetez un œil à ce Benrinnes 23 ans OMC. Le reste de nos dégustations est rangé dans la rubrique whisky.
Vous avez déjà croisé un Croftengea en bouteille ? Dites-nous ce que vous en avez pensé.



