Il y a des scores de bar qui traversent le temps mieux que d’autres. Dans Killer Take All! (1957), le romancier américain James O. Causey plante son narrateur devant un verre de Pernod, un choix plutôt rare dans le polar américain de l’époque, dominé par le whisky et le gin. De quoi nous donner envie de rouvrir ce classique du polar noir… et de reparler de cet apéritif anisé si français.
Killer Take All!, un polar noir signé James O. Causey
Né en Californie en 1924, James O. Causey a d’abord écrit pour le magazine pulp Weird Tales dans les années 1940, avant de signer trois romans noirs à la fin des années 1950 : Killer Take All!, The Baby Doll Murders et Frenzy. Dans Killer Take All!, publié en 1957, un ancien golfeur raté se retrouve embarqué avec la femme fatale d’un homme d’affaires louche, pris au piège d’une escroquerie et suspecté de meurtre. Une intrigue typique de l’âge d’or du polar pulp américain.
C’est dans ce décor que le narrateur entre dans un bar et commande, contre toute attente, un Pernod :
Le bar était une pénombre de lumière rouge et de fumée de cigarette. Le sanglot érotique de violons invisibles répondait à des rires étouffés venus des alcôves. Comme dans un jeu de miroirs, la lumière criarde déformait les visages, accentuant la duplicité, les sourires humides, la faim honteuse. Le barman s’est approché, silencieux comme un serpent. « Pernod », ai-je dit. Il m’a adressé un demi-sourire et s’est éloigné. Cette commande m’avait fait entrer dans le cercle. J’en étais.
(James O. Causey, Killer Take All!, 1957)
Le Pernod, un apéritif anisé héritier de l’absinthe
Le nom Pernod remonte au début du 19e siècle, lorsque Henri-Louis Pernod se met à produire de l’absinthe à Pontarlier. Le succès de la liqueur verte grandit dans les cafés français, avant que l’absinthe ne soit interdite en France en 1915, accusée de tous les maux. C’est dans ce vide que la famille Pernod lance en 1920 l’Anis Pernod, l’un des tout premiers spiritueux anisés de l’ère post-absinthe, quelques années avant que Paul Ricard ne crée son propre pastis marseillais en 1932.
Aujourd’hui encore, le Pernod se distingue techniquement du pastis par un goût de réglisse plus léger et un dosage d’herbes différent. Mais la commande reste la même : quelques glaçons, un trait d’eau, et cette couleur laiteuse si reconnaissable qui trahit toujours un peu la nostalgie du zinc français… même dans un bar new-yorkais de fiction.
Et vous, avez-vous déjà croisé une scène de bar culte autour d’un Pernod ou d’un pastis ? Partagez-la en commentaire…



